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La psychologie positive

Postulats théoriques

La psychologie positive est “l’étude scientifique (et l’application scientifiquement guidée) des facteurs et processus qui amènent les individus et organisations à se développer et à atteindre leur plein potentiel”  (Gable & Haidt, 2005, p.103). Issue du courant humaniste, elle vise à cultiver les sentiments, cognitions ou comportements positifs (Sin & Lyubomirsky, 2009) en utilisant des stratégies visant à améliorer le bien-être et en s’appuyant sur des théories et recherches empiriques (Schueller et Parks, 2014 ; Schueller, Kashdan et Parks, 2014 cité dans Martin-Krumm & Tarquinio, 2019). La psychologie positive est issue d’une approche scientifique qui propose une compréhension dimensionnelle du concept de ressources positives en élargissant la portée de la psychologie clinique traditionnelle. La psychologie positive ne vise pas à la remplacer, mais à développer un champ de recherche avec un point de vue différent afin d’appréhender au mieux les troubles mentaux (Martin-Krumm & Tarquinio, 2019). En effet l’épanouissement individuel est appréhendé selon des forces et vertus qui ont des intensités différentes selon les individus et qui permettent d’augmenter le bien-être. La psychologie positive étudie ce qui augmente le bonheur et l’épanouissement personnel chez l’individu et non pas la souffrance et la réduction des symptômes. Son champ de recherche se concentre sur l’épanouissement individuel, orienté selon trois axes. Le premier étudie les expériences subjectives ressenties comme positives par l’individu. On peut avoir des expériences liées au passé (comme le contentement et la satisfaction) et des expériences optimales (comme l’espoir et l’optimisme). Le second axe se concentre sur les qualités individuelles positives telle que les capacités relationnelles, la créativité ou le courage. Enfin le dernier axe fait référence à la compréhension des institutions qui favorisent le développement de l’altruisme ou du sens des responsabilités à partir d’un point de vue plus larges en se référant à des communautés ou des sociétés (Seligman & Csikszentmihalyi, 2000). Deux éléments sont à prendre en compte dans la notion de bien-être : les perspectives hédoniques qui sont des expériences d’états affectifs plaisants sur le court terme, et les perspectives eudémoniques qui sont une réalisation du plein potentiel du bien-être sur le long terme (Martin-Krumm & Tarquinio, 2019).

La psychologie positive vise à aborder, prévenir et/ou soigner les troubles mentaux sous une approche qui développe les ressources psychologiques d’un individu par les émotions positives, le bien-être et le sens de la vie plutôt qu’en visant directement une réduction des symptômes. Les ressources psychologiques sont des facteurs protecteurs internes qui facilitent la résistance à l’adversité et l’adaptation psychologique dans les situations de la vie ; ces facteurs sont à considérer sur le long terme (Bernard et al., 2011). Ces prédispositions internes inhérentes à une personne réduisent l’effet des facteurs stressants en permettant à l’individu de maintenir ses compétences dans des situations de détresse. Les ressources environnementales extérieures, comme le soutien social, peuvent aussi jouer ce rôle. Les ressources psychologiques les plus étudiées et citées dans la littérature scientifique à ce jour sont l’auto-efficacité, la disposition à l’attention consciente, le sens (sens of meaning) et la bienveillance envers soi (Csillik, 2017). Une disposition psychologique stable peut être considérée comme une ressource psychologique si elle remplit plusieurs critères. Tout d’abord elle doit protéger contre le stress et la psychopathologie dans les situations difficiles tout en contribuant à la satisfaction de vie et au niveau de bien-être individuel. Elle est mesurable, évaluée et identifiée de manière objective en tant que différence interindividuelle et il s’agit d’un trait stable. Enfin elle peut être modifiée par une intervention psychologique et ces ressources, une fois activées, peuvent être réactivées facilement selon la situation.

De manière générale, les interventions en psychologie positive ont pour objectif d’améliorer le bonheur (Seligman et al., 2005). Ce terme générique peut être défini en trois composantes :

  • Le plaisir et les émotions positives qui sont regroupés dans un plaisir général de la vie.
  • L’engagement qui fait référence à une vie active dans lequel l’individu s’engage
  • Le sens de l’existencequi se définit comme le sens que l’individu donne à sa vie.

La psychologie positive intègre la théorie des émotions positives de Fredrickson (2004) qui stipule que les émotions positives ont deux processus caractéristiques : l’élargissement et la construction. Elle intègre aussi d’autres domaines comme la gratitude, la passion, la croissance post traumatique (Csillik, 2017), les forces de caractère (Seligman et al., 2005) et le flow (Nakamura & Csikszentmihalyi, 2002). 

Le premier processus fait référence au fait que ressentir des émotions positives permet d’élargir le répertoire de ses actions et de ses idées en facilitant la relecture et la réinterprétation de ces comportements ou en initiant de nouveaux patterns comportementaux (Bernard et al., 2011). Les émotions positives tendent aussi à annuler les effets des émotions négatives aussi bien au niveau psychologique que physiologique (L. Fredrickson & Levenson, 1998, Fredrickson et al., 2003). Cet élargissement du répertoire d’actions, des ressources individuelles et des émotions positives s’influencent réciproquement. Ce processus de spirale positive contribue à l’amélioration du bien-être individuel simultanément à un accroissement des compétences permettant de faire face à l’adversité (Tugade & Fredrickson, 2007).

Le second processus, la construction, vient à la suite de l’élargissement par le développement de nouvelles ressources individuelles dans des domaines aussi bien psychologiques, intellectuels, sociaux que physiques (Bernard et al., 2011).

Le Character Strengths and Virtues: A Handbook and Classification (CSV), de Peterson et Seligman (2004), décrit et classifie les forces et les vertus de caractère qui promeuvent l’épanouissement humain (Seligman et al., 2005). 24 forces de caractère ont été répertoriées et classifiées dans 6 catégories de vertu. Plus précisément, les forces de caractère sont des modes spécifiques de réalisation ou d’application des vertus qui se manifestent à travers des pensées, des idées, des émotions ou des comportements variés. Elles sont vues comme des différences individuelles existant à des degrés différents chez une personne dans un continuum plus que comme des catégories « tout ou rien ».

Vertus et forces associéesdescription
1. Sagesse et connaissances
Forces cognitives qui engendrent l’acquisition et l’utilisation de connaissances
Curiosité Avoir un intérêt pour toutes les expériences actuelles
Amour de l’apprentissageMaîtriser de nouvelles compétences, de nouveaux sujets et de nouvelles connaissances
2. JusticeLes forces civiques qui sous-tendent une vie communautaire saine
Travail d’équipeBien travailler en tant que membre d’un groupe ou d’une équipe
ÉquitéTraiter toutes les personnes de la même manière selon les notions d’équités et de justices
3. TempéranceForce qui protège contre les excès
PrudenceFaire attention à ses choix ; ne pas dire ou faire des choses que l’on pourrait regretter plus tard.
Exemple de quelques vertus avec leurs forces de caractère associés traduit et tirés de Seligman et al. (2005)

Cette classification se veut être, selon Peterson (cité dans Bernard et al., 2011), le côté des forces positives chez l’homme en complémentarité du DSM ou du CIM. Bien que ce modèle soit le plus documenté scientifiquement, deux autres modèles coexistent : le Gallup Strenghtfinder de  Clifton (Hodge & Clifton, 2004), et le concept des forces par le Centre de psychologie positive appliquée de Linley (2008; Govindji & Linley, 2007).  

La Well-Being Therapy

La Well-Being Therapy (WBT) (Fava, 1998) est une thérapie à court terme avec des stratégies psychothérapeutiques (auto-observation, utilisation d’un journal structuré…) visant à agir sur des composantes psychologiques du bien-être qui ont besoin d’être travaillés afin d’améliorer le niveau de récupération des ressources psychologiques. Elle peut être utilisée simultanément avec les TCC en combinaison séquentielle. En premier lieu le thérapeute, avec le patient, établit des données cliniques ayant un effet sur la vie de la personne et pouvant expliquer la réduction du bien-être.

Cette macro-analyse est construite suivant des dimensions reliées entre elles par leurs relations et influences réciproques :

Exemple de macro-analyse tiré de Guidi et al. (2018).

Ainsi, la phase initiale concerne l’évaluation clinique, suivie de l’auto-observation du bien-être psychologique. Une fois que les instances sont correctement reconnues, le patient est encouragé à identifier les pensées, les croyances et les comportements conduisant à une interruption prématurée du bien-être. La dernière partie implique la restructuration cognitive des dimensions dysfonctionnelles du bien-être psychologique en utilisant des techniques de comportement cognitif pour les traiter et poursuivre les expériences optimales (Guidi et al., 2018). Le nombre de séances en WBT peut varier de 8 séances à une vingtaine et la durée de chaque séance varie de 45 à 60 min.

Efficacité

Plusieurs études ont été menées pour évaluer l’efficacité de la Well-Being Therapy (WBT) aussi bien sur un public clinique avec des troubles variés que sur un public non clinique.

Une intervention en psychologie positive a été menée auprès d’étudiants collégiens (Ruini et al., 2006). Une passation de deux tests psychométriques a été faite à la première et à la dernière séance afin de mesurer le bien-être et la détresse psychologique. Le premier est le Kellner’s Symptom Questionnaire (SQ) qui mesure la détresse psychologique à travers 4 échelle (anxiété, dépression, somatisation et hostilité-irritabilité) et le bien-être à travers 4 autres (relaxation, satisfaction, bien-être physique et amabilité). Le second est le Riff’s Psychological Well-Being Scales (PWB) qui donne un score en fonction des 6 domaines du bien-être psychologique selon le modèle de Riff. Les étudiants collégiens ont été assignés de manière randomisée en deux groupes : l’un proposait un dérivé des Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) et se focalisait sur le traitement des émotions négatives et une éducation émotionnelle tandis que l’autre était un dérivé de la WBT et se focalisait sur les émotions positives et les dimensions psychologiques du bien-être. Les interventions se déroulaient en sessions de 2 heures chaque semaine avec les deux premières sessions similaires pour les deux groupes.

Pour l’intervention TCC, les séances ont été réalisées en utilisant des techniques comme l’identification des croyances négatives et des styles d’interprétation, les preuves pour et contre les croyances négatives et les interprétations alternatives des problèmes. Cette restructuration cognitive a été réalisée par le biais de jeux de rôles.

Pour l’intervention WBT, l’objectif était d’aider les élèves à reconnaître, ressentir et partager des émotions positives. Une attention importante était accordée à la reconnaissance, l’expression et la communication des émotions positives. La troisième session était axée sur la relation interpersonnelle positive qui est une dimension spécifique du modèle de bien-être psychologique de Riff.

Les résultats ne montrent aucune différence significative entre les deux groupes. Les TCC et la WBT sont aussi efficaces l’une que l’autre pour l’amélioration du bien-être chez un public scolaire. Cependant on remarque des différences au sein des items de chacun des tests. Pour la TCC on remarque une amélioration significative de l’objectif de vie, de l’acceptation de soi et de la qualité de la vie dans le SQ et une diminution de l’anxiété, de la dépression et une augmentation du bien-être physique dans le PWB. Les différences combinées sont significatives pour le PWB et Le SQ. Pour la WBT on remarque une amélioration de l’acceptation de soi dans le PWB et une diminution de l’hostilité-irritabilité dans le SQ. Les différences combinées sont significatives pour le PWB mais pas pour le SQ.

Il n’y avait pas de différences significatives entre les deux groupes dans les variables, y compris le PWB et le SQ. Par analyse de la covariance, la WBT a permis une amélioration significative de l’échelle bien-être physique du SQ par rapport à la TCC, mais aucune différence globale n’a été observée en ce qui concerne la PWB et la SQ.

La WBT a été associée à une augmentation significative de l’acceptation de soi et à une diminution de l’hostilité.

Une autre étude a été menée pour mesurer l’effet de la WBT dans l’amélioration du bien-être sur une population scolaire (Ruini et al., 2009). Les étudiants ont été séparés de manière aléatoire en un groupe WBT et un groupe suivant une intervention placebo où les élèves étaient invités à communiquer et à partager avec leurs camarades des moments très positifs qu’ils ont vécus au cours de leur vie.

Les résultats montrent une amélioration significative du bien-être du groupe WBT comparé au groupe placebo, avec une taille d’effet faible. De plus, l’anxiété physiologique tendait à diminuer avec le temps dans le groupe WBT alors qu’elle augmentait dans le groupe placebo.

Pour ce qui est de l’efficacité de la WBT sur un public clinique, de nombreuses études ont été menées sur des patients présentant des troubles dépressifs sévères.

Une étude de Fava et al. (1998) a été menée sur 23 patients atteints de dépression majeure, trouble panique avec agoraphobie, phobie sociale, trouble anxieux généralisé ou trouble obsessionnel compulsif. Ils ont été assignés de manière randomisée à un groupe TCC et un groupe WBT. Les séances se sont étalées sur une durée allant de 3 à 5 mois.

Les résultats montrent que les deux traitements ont été associés à une réduction des symptômes avec un effet significatif de la WBT. La WBT et les TCC sont associés significativement à une amélioration du bien-être psychologique. Cependant il n’y a pas de différence significative entre les deux traitements. De plus, comme le soulignent les auteurs, les principales limites de l’étude sont le peu de participants et les diagnostics hétérogènes de l’échantillon.

Une autre étude a été menée par Moeenizadeh et Salagame (2010) sur 40 patients atteints de troubles dépressifs majeurs. Ils ont été séparés aléatoirement en 2 groupes : un suivait une TCC tandis que l’autre suivait la WBT. Les séances se déroulaient sur une période de 8 semaines avec une session hebdomadaire de 45 à 60 min.

Les résultats montrent que, quelque soit le groupe, les patients ont vu une réduction de leurs symptômes. les patients traités par WBT ont montré une plus grande réduction des symptômes que ceux du groupe TCC comme l’indiquent les tailles d’effets.

Tailles d’effets tirés de Moeenizadeh et Salagame (2010)

De plus, le bien-être continue d’augmenter auprès de ceux qui ont suivi la WBT, ils développent des relations sociales plus optimistes et heureuses avec les autres que le groupe TCC comme on compare les pré-tests au post-tests des deux groupes.

Enfin une méta-analyse de Sin et Lyubomirsky (2009) montre que les interventions en psychologie positive, dont la WBT fait partie, améliorent le bien-être et diminuent la dépression avec une taille d’effet moyenne. D’autres résultats montrent que les participants atteints d’une dépression ont plus de bénéfice d’une intervention en psychologie positive que ceux qui ne le sont pas et ceux qui choisissent d’y participer bénéficient d’un meilleur effet. Pour ce qui est de l’effet des interventions sur l’amélioration du bien-être et la réduction des symptômes dépressifs, on remarque que la taille d’effet de l’efficacité de l’intervention est plus grande dans les thérapies individuelles que dans les thérapies de groupe et l’auto-thérapie.

Ainsi dans le cadre des troubles dépressifs majeurs la WBT n’améliore pas seulement le bien-être mais réduit également les symptômes dépressifs.

D’autres études ont été menées sur des troubles psychologiques différents, mais, comme le soulignent les différents auteurs de ces études, le faible effectif de participants aux études, le plus souvent fondées sur des études de cas, ne permet pas de généraliser l’effet à l’ensemble de la population (Belaise et al., 2005 ; Fava et al., 2005, 2011).

Bibliographie

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La thérapie des schémas

schémas

La thérapie des schémas est une psychothérapie issue d’une approche clinique scientifique. Plus précisément, c’est une forme particulière de thérapie cognitivo-comportementale et émotionnelle (TCCE) axée sur les troubles de la personnalité (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Roy, 2005).

Comme la thérapie comportementale dialectique (TCD), la schema focused therapy a démontré son efficacité sur les troubles limites (Borderline Personality Disorder) à travers études et méta-analyses (Giesen-Bloo et al., 2006 ; Oud et al., 2018 ; Taylor & Haddock, 2017) en développant des protocoles adaptés.
Même si cette thérapie a été à l’origine développée pour traiter les troubles de la personnalité, son effet commence à être étudié pour accompagner d’autres troubles psychologiques (Kopf-Beck et al., 2020) comme les états dépressifs en population gériatrique  (Kindynis, Burlacu, Louville & Limosin, 2013).

Pour certaines situations comme les troubles alimentaires, la thérapie fait encore débat et soulève les controverses (Mcintosh et al. 2016 ; Pugh, 2015). En effet la plupart des études ont un nombre peu important de participants, ou peu d’études démontrent son efficacité.

La plupart des troubles psychologiques auxquels elle s’applique sont chroniques et enracinés dans l’individu, ils sont difficiles à traiter et on observe un important taux de rechute lorsqu’ils sont appréhendés par des TCC classiques (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Young, Weinberg & Beck, 2001).  La prise en charge des troubles de la personnalité est difficile et longue : un effort particulier est nécessaire au maintien de l’alliance thérapeutique et de l’engagement dans la thérapie.
Cette psychothérapie se base sur la théorie des schémas de Beck, complétée plus tard par Young pour devenir la thérapie des schémas (Rush & Beck, 1978 ; Young, Klosko & Weishaar, 2017). Les schémas sont des structures mentales cognitives qui guident l’interprétation et la résolution de problèmes en les faisant correspondre au système de croyances du sujet sur soi et sur le monde (Unger, 1994 ; Young, Klosko & Weishaar, 2017). Ce sont des éléments organisés dans la mémoire à long terme à partir d’expériences et de réactions passées qui filtrent et sélectionnent les informations qu’un individu a de son environnement afin d’expliquer ces expériences vécues (Gautier, Ngô & Goulet, 2019).

Les individus atteints de troubles de la personnalité possèdent des types de schémas particuliers appelés plus communément schémas précoces inadaptés (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Schmidt & Joiner, 2004). Le but de la thérapie des schémas est de repérer ces schémas afin de les modifier. Ce travail thérapeutique se fait avec le patient, le thérapeute est donc actif et sélectionne avec celui-ci les schémas précoces inadaptés qui lui posent problème (Young, Klosko & Weishaar, 2017). La thérapie peut-être longue car les schémas sont présents depuis de nombreuses années comme ils se développent pendant l’enfance ou l’adolescence et sont consolidés à l’âge adulte par des expériences négatives (Gautier, Ngô & Goulet, 2019). Les schémas précoces inadaptés amènent l’individu à réagir de manière rigide et stéréotypée (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Unger, 1994) lorsqu’il se retrouve dans certaines situations et sont constitués d’émotions, de sensations corporelles et de cognitions souvent intenses et envahissantes (Schmidt & Joiner, 2004). Ces schémas sont liés à un dysfonctionnement dans la vie sociale, professionnelle ou familiale de l’individu (Gautier, Ngô & Goulet, 2019).

La thérapie des schémas est à mettre en relation avec la théorie de l’attachement de Bowlby (Ainsworth & Bowlby, 1991 ; Young, Klosko & Weishaar, 2017). L’attachement peut être défini comme le besoin d’être en connexion avec autrui de façon stable et sécuritaire et de prendre soin d’autrui. Lors de l’enfance le rôle de la figure parentale est d’établir une concordance affective entre ses émotions intérieures et son environnement extérieur. Cela permet à l’enfant de développer une capacité réflexive de mentaliser ses émotions, de se sentir compris, considéré, et lui permet d’évoluer dans un cadre stable avec des expériences relationnelles positives (Gautier, Ngô & Goulet, 2019). Ces schémas deviennent inadaptés lorsque des relations affectives dans l’enfance deviennent nuisibles au développement psychologique. Cette construction peut provenir d’un manque de validation (Linehan, 1993), d’une harmonisation parentale inadéquate (Fonagy et al., 2010) ou d’une maltraitance pure et simple (Cohen et al., 2013). Les schémas précoces inadaptés peuvent ainsi devenir inflexibles, partiellement organisés, dépourvus de nuances et à valence négative (Caligor, 2010 ; Cohen, 2007 ; Fonagy et al., 2010).

Note : Cet article a été écrit à partir des sources utilisées. La science n’étant pas une matière figée cette thérapie et les théories qui la façonnent sont amenées à évoluer dans le temps. Néanmoins à ce jour elles parviennent le mieux à expliquer et à prendre en charge les troubles associés.

Liens pour aller plus loin :

Trouble de la personnalité – PsykoCouac #1 – YouTube

L’attachement et ses problèmes – PsykoCouac #8 – YouTube

Le transfert – PsyKonnerie? #5 – YouTube

Comprends ta personnalité avec la métaphore de l’arbre – Psykonnaissance #13 – YouTube

Comprends ta personnalité avec la métaphore de la classe – Psykonnaissance #26 – YouTube

Borderline (trouble de la personnalité) – PsykoCouac #1.1 – YouTube

Borderline questions avancées Partie 1 – PsykoCouac #1.3 – YouTube

Borderline questions avancées Partie 2 – PsykoCouac #1.4 – YouTube


Sources :

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Cohen, L. J. (2007). Psychological testing in inpatient psychiatry. In L. S. Boyar (Éd.), New psychological tests and testing research (p. 1‑33). Nova Science Publishers. https://www.researchgate.net/publication/304076023_Psychological_testing_in_inpatient_psychiatry

Cohen, L. J., Foster, M., Nesci, C., Tanis, T., Halmi, W., & Galynker, I. (2013). How do different types of childhood maltreatment relate to adult personality pathology? Journal of Nervous & Mental Disease201(3), 234‑243. https://doi.org/10.1097/NMD.0b013e3182848ac4

Cohen, L. J., Tanis, T., Ardalan, F., Yaseen, Z., & Galynker, I. (2016). Maladaptive interpersonal schemas as sensitive and specific markers of borderline personality disorder among psychiatric inpatients. Psychiatry Research242, 395‑403. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2016.06.007

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