Billets libres

Pseudosciences et autisme

Le milieu de la santé, qu’elle soit mentale ou physique, est de plus en plus gangréné par les pseudo médecines et le milieu de l’autisme n’échappe malheureusement pas à cette tendance croissante. Plusieurs éléments peuvent expliquer cette recrudescence. J’en citerais quelque uns mais la liste n’est sans doute pas exhaustive.

Le manque de professionnels disponibles dans le secteur public ainsi que l’insuffisante prise en compte des souffrances psychologiques. Des scandales sanitaires tels que l’affaire du sang contaminé ou du Mediator ont pu jeter la suspicion sur les institutions de santé publique. De plus il existe une explosion de l’offre en libéral et via internet dans lesquels s’engouffrent toute sorte d’individus proposant des soins alternatifs liés à l’essor du New Age. Les raisons de cette tendance tiennent sans doute de la baisse de vigilance et d’investissement de la part de gouvernements successifs dans le secteur public ainsi que dans la lutte contre les dérives médicales et sectaires, le tout assorti d’un lobbying intensif de la part de promoteurs de thérapies non conventionnelles auprès des politiques, hôpitaux, organismes de formations, au sein des institutions etc.
Ce billet aura pour but de proposer quelques pistes de réflexion et des ressources qui auront, je l’espère, une certaine utilité pour les personnes intéressées par ce thème.

L’accompagnement de la personne autiste relève en premier lieu d’une psychoéducation. Selon les difficultés de la personne, il peut nécessiter des séances d’orthophonie, de psychomotricité et certains troubles associés tels que les troubles du sommeil, l’épilepsie, le TDA/H, troubles anxieux, dépression, TOCS peuvent nécessiter des traitements médicamenteux adaptés. Pour autant, aucun traitement ne permet de « réduire » ou « guérir » les troubles du spectre de l’autisme.

Malheureusement,une panoplie impressionnante de pseudo thérapies se sont greffées autour du sujet et pullulent sur le web dont certaines relayées par les médias, en particulier ceux se présentant comme alternatifs ou parfois au sein d’associations. Il n’est vraiment pas aisé de s’y retrouver au milieu d’articles de presse, d’études, interviews, livres, conférences, formations, témoignages ou simples discussions de groupes, surtout pour les personnes en questionnement.

Concernant certaines « pistes » ou « alertes » au sujet de facteurs censés provoquer des troubles du spectre de l’autisme, on retrouve assez souvent la même approche chez certains médecins ou pseudo praticiens parfois en marge de la communauté scientifique usant de leur statut ou leur notoriété consistant à brandir des termes alarmistes dans le but d’annihiler toute réflexion et susciter la panique chez le public qui les reçoit. Pourtant, des biais viennent émailler ces discours anxiogènes, généralement accompagnés de promesses d’améliorations ou de guérisons à la clé.

On pourrait citer l’exemple de l’alerte virale et non fondée scientifiquement lancée par le collectif « COSE Surexposition aux écrans » un collectif de professionnels affirmant que « les écrans » provoqueraient des troubles « similaires en tous points aux TSA », baptisés dans un premier temps « Autisme virtuel » puis « Syndrome EPEE » et qui se résorberaient nous dit-on, par la grâce de l’arrêt des écrans. Dans leur combat pour instituer des causalités à partir de corrélations, ils appuient leur « alerte » sur de « nombreux témoignages de parents » qui semblent découvrir qu’un enfant avec des difficultés peut évoluer et attribueraient cette progression à l’arrêt des écrans en éludant toute possibilité que d’autres facteurs puissent entrer en jeu.

Ils pointent également des témoignages d’enseignants ayant le sentiment de voir de plus en plus d’enfants en difficultés dans leurs écoles, un biais de proportionnalité probablement lié en partie au fait que depuis la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées , il y a mécaniquement une augmentation d’enfants à besoins particuliers sur les bancs de l’école, due à la reconnaissance de leur handicap et disposant de ce fait des aides et aménagements permettant le maintien d’une scolarisation en milieu ordinaire.(1)

A cela, on pourrait rajouter une meilleure détection des troubles du développement, tout en gardant à l’esprit que dans le cadre des TND, les troubles se développent au cours des premières années et de façon inégale, ce qui fait dire à de nombreuses personnes qu’un élément – au hasard le vaccin ROR en son temps mais d’autres pourraient l’attribuer à n’importe quel accusé du moment (les écrans ) – serait venu freiner la trajectoire développementale de l’enfant qu’on estimait jusque-là bien portant, ne présentant pas de signes « visibles » d’un quelconque handicap .
On retrouve là encore un autre biais de raisonnement souvent mis en avant par les personnes désireuses de trouver un « agent coupable » des troubles chez ces enfants.(2)

Dans leur discours et jusque dans des tribunes journalistiques, on appuie également sur l’argument financier qu’impliqueraient ces troubles qu’ils relient à la surexposition aux écrans en termes d’aides et aménagements (AESH, MDPH, etc.) Une manœuvre généralement utilisée pour tenter d’influencer l’opinion du contribuable et du législateur au détriment de la véracité de ces assertions.
Pourtant, ces professionnels revendiquant toute absence de conflit d’intérêt ne sont pas avares de conférences, formations, livres, consultations « spécialisées » ou offres de « détox digitales » payantes.

On a tendance à oublier également que les enfants autistes peuvent progresser et que le repérage des troubles ainsi qu’un accompagnement précoces visent avant tout à multiplier leurs chances d’évoluer et gagner en autonomie et qu’avant d’être autistes, ce sont surtout des enfants, des individus en construction dont la progression peut dépendre d’une multitude de paramètres quand d’aucuns sont prêts à l’imputer à une cause unique.

Andrew Wakefield, tristement célèbre pour avoir répandu la rumeur selon laquelle le vaccin ROR serait la cause d’une « explosion de cas d’autisme » a été précurseur dans ce type de procédés que l’on pourrait qualifier de Fear Mongering (lobbying par la peur) avant que le monde entier découvre qu’en plus d’avoir falsifié les données de son étude, il s’était aussi associé avec des avocats intéressés par des class actions (des plaintes groupées censées attaquer le fabricant du vaccin ROR en justice dans le but d’obtenir des compensations financières) et qu’il avait déposé un brevet pour un mono vaccin concurrent contre la rougeole.(3)

La piste biomédicale découle directement des retombées de l’étude frauduleuse de Wakefield et des associations qui l’ont soutenu , comportant chacune leurs propres médecins ,dont certains radiés depuis (l’un d’eux a fait appel), propageant à leur tour leurs propres théories: mercure, métaux lourds, bactéries, parasites, pesticides, ondes, alimentation etc. accompagnées de tests censés détecter telle ou telle « contamination » ou pathologie, de traitements et compléments alimentaires, dispositifs « médicaux » ou « énergétiques », dont la plupart sont disponibles sur internet et échappent aux services de surveillance des agences du médicament.(4)

Rhétorique anti-système

On retrouve assez souvent une rhétorique commune qui consiste à instiller dans l’imaginaire collectif des théories issues du complotisme du type: »On nous cache des choses », »C’est dans l’intérêt de Big Pharma », »On veut nous empêcher de soigner » accompagnés de discours dénigrant la médecine conventionnelle alors qu’en y regardant de plus près, la majorité de ces praticiens ont des services ou produits à nous vendre, certains issus de laboratoires pharmaceutiques.

Un point essentiel pour nous aider à les repérer peut être leur volonté délibérée de ne pas vouloir passer par les procédures classiques permettant à l’ensemble de la communauté scientifique de valider ou invalider leurs hypothèses. Ils préfèrent généralement sauter les étapes, misant sur une adhésion populaire à leur discours pouvant exercer une certaine forme de pression sociale en usant de termes anxiogènes invoquant un sentiment d’urgence.

Bien souvent, les auteurs de Fakemeds (fausses médecines) vont s’inspirer d’un élément partiellement vrai et broder par dessus tout un tas de faussetés ou éléments difficilement vérifiables ou évaluables. C’est une des clés du succès et de la viralité de leurs allégations car même si vous trouverez des personnes appelant à la prudence, la plupart des gens seront tentés de « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain » et seront plus enclins à donner un certain crédit à des propos faisant écho à leurs propres opinions et/ou croyances.
Ils peuvent chercher à déshumaniser l’ensemble du corps médical ou d’autres corps de métiers tels que les services sociaux ou l’Education Nationale, faisant appel à nos émotions par des discours ou témoignages pouvant faire écho aux potentiels souvenirs d’expériences négatives liées à nos vécus ou ceux de notre entourage.(ASE)

Ces personnes aux discours pouvant paraître séduisants, comptent sur le fait qu’il n’est pas possible pour le commun des mortels d’avoir une expertise sur tous les domaines et pour peu qu’elles disent ou proposent des choses qui font écho à nos opinions, nos modes de vie ou nos émotions, il est facile de tomber dans le piège.
Même les experts dans leur domaine peuvent tomber dans ces travers en s’exprimant sur des sujets qui ne font pas partie de leur champ de compétences.

Il n’est pas rare non plus que des médecins ou chercheurs fassent primer leurs croyances ou idéologie en usant des leviers institutionnels leur conférant une aura d’autorité sur des sujets pourtant loin d’être tranchés. Il est donc essentiel pour tout un chacun d’accueillir tout discours,toute « avancée » ou affirmation « nouvelle » avec un minimum de recul et de précautions.
Une simple piste de recherche ne devrait pas susciter des espoirs et des intérêts démesurés, « une étude dit que » devrait inciter à la prudence en l’absence d’un corpus de données solides sur le sujet. Des « progrès » ou « résultats » présentés comme « révolutionnaires », »miraculeux », »innovants » etc. devraient pouvoir nous inciter à la méfiance.

Pistes (trop) prometteuses

On trouve les études qui vont dans notre sens quand on cherche à maintenir ses propres biais de confirmation et nombre de personnes ne se privent pas de verser dans le cherry-picking dans le but de confirmer leurs croyances ou leurs observations.
Les organismes de Santé Publique qui produisent des recommandations issues de la littérature scientifique ne se contentent pas de piocher des études selon leurs préférences, elles regroupent des comités d’experts qui répertorient et analysent l’ensemble des papiers sur un sujet donné incluant les effets positifs et négatifs et en font une synthèse, ce que ne font visiblement pas certaines personnes faisant preuve au mieux d’un biais de confirmation, au pire, d’une certaine malhonnêteté intellectuelle.

Dans le cas du numérique ou des biomeds comme pour d’autres théories, on incite volontairement le public à regarder dans une seule direction au détriment d’autres facteurs pouvant expliquer les affirmations de départ. Ce n’est pas de cette façon que la démarche scientifique fonctionne. Pour aboutir à un consensus clair et établi, il faut un nombre conséquent d’études robustes ayant écarté de multiples facteurs pour pouvoir définir ce qui relève d’une causalité et non d’une corrélation et qu’une majorité des experts scientifiques soient en accord avec les conclusions qui en seront tirées. Tout ceci nécessite un temps infiniment plus long que celui que prennent certains individus à répandre des allégations infondées à travers les réseaux sociaux ou les médias.

Pour citer un exemple, un chercheur de l’INRA , Joèl Doré, fait pas mal parler de lui dans la sphère de l’autisme. Son sujet de prédilection , la piste du microbiote a été largement mis en avant , que ce soit au sein d’associations, de fondations ou dans certains médias alors qu’il a préfacé le livre d’une thérapeute/coach holistique prétendant avoir « ramené son enfant autiste à la normalité » grâce aux biomeds intitulé « Quand j’avais l’autisme ». C’est pour le moins déconcertant de voir autant de crédit accordé à cet individu en particulier alors que la plupart de ces travaux concernent des pathologies diverses et que plaquer leurs conclusions à l’autisme est loin d’être aussi évident. Concernant la transplantation fécale par exemple, ce n’est pas parce qu’on a des résultats probants pour le Clostridium difficile qu’il faut s’attendre absolument à en avoir pour d’autres pathologies ou pour l’autisme.

De plus, il se trouve qu’on commence enfin à explorer cette piste en sens inverse et à comprendre que ce sujet est bien plus complexe qu’il n’était désigné au départ et qu’il se pourrait bien que les troubles intestinaux présents chez une partie des personnes autistes résultent en premier lieu de leur régime alimentaire restrictif. Notons également que les troubles anxieux souvent présents chez cette catégorie de la population peuvent également provoquer des désordres intestinaux.(5) (6)

L’histoire de la recherche scientifique est pourtant jalonnée de pistes ayant fini par être invalidées ,d’où la nécessité de faire preuve de prudence quand on avance une hypothèse.(7)

Pour citer un autre exemple, on a l’essor des régimes alimentaires en tout genre, promus par certains médecins mais aussi le plus souvent par des praticiens douteux voire des parents publiant des livres aux titres plus alléchants les uns que les autres, affirmant avoir « sorti » ou « guéri » leur enfant de l’autisme, des témoignages ou observations pouvant devenir parole d’évangile auprès de familles n’hésitant pas pour certaines à engloutir des sommes conséquentes sur la base d’affirmations qui ne reposent bien souvent que sur du vent car invérifiables et au mépris des recommandations de bonnes pratiques édictées par la Haute Autorité de Santé.

On peut assister à des discours fustigeant les traitements médicamenteux « classiques », souvent taxés de « camisoles chimiques ». Ces tentatives de « Pill Shaming » (humiliation aux pilules) sont souvent infondées et peuvent nuire à terme à pas mal d’usagers qui sont tentés de refuser tout traitement pour eux-mêmes ou leurs proches et culpabilisent les patients qui y auraient recours. Ces discours souvent versés au profit de solutions présentées comme « naturelles » ou plus « respectueuses de l’individu » peuvent amener certains patients à refuser ou stopper un traitement et les mettre en danger.

Dans le cadre de l’affaire Chronimed par exemple, un réseau de médecins ayant prescrit des cures d’antibios, antiparasitaires, antifongiques, et autres traitements tels que du Bumétanide (Burinex), du Naltréxone ,des chelations ,des médicaments pour le VIH hors AMM pendant des années à des milliers de personnes autistes, pratiques qui ont donné lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire fin 2020, on peut lire régulièrement comme argument fallacieux de la part des partisans de ces essais sauvages que ça ne peut pas être pire que la « camisole chimique ».

On pourrait qualifier ces arguments de « Whataboutisme » , une technique visant à décrédibiliser les propos de l’adversaire en tentant de le mettre face à ses contradictions.(9)

Or, on ne parle pas du tout des même faits au départ. On ne peut pas mettre sur le même plan la prescription de traitements validés scientifiquement et autorisés par les agences de santé et un traitement n’ayant pas fait la preuve de son efficacité concernant la pathologie visée. C’est malhonnête.
De plus, la prise d’antibiotiques à long terme est loin d’être anodine et constitue l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, pointée par l’OMS en raison du développement de plus en plus large d’une antibiorésistance.(10)

Concernant le Burinex par exemple, des parents ont été tentés d’en donner à leurs enfants au motif que des essais cliniques étaient en cours. Pendant des années, ce traitement a été mis en avant dans les médias comme prometteur, jouissant même d’une réputation internationale jusqu’à ce que les essais de phase 3 soient stoppés faute d’efficacité.(11)

Certains praticiens délivrant des discours à contre-courant des données actualisées de la science se drapent dans une posture de « victime du système » ou de « lanceur d’alerte ». Ces personnes peuvent véhiculer pour certaines des propos accusant leurs contradicteurs d’être « vendus aux lobbys ».
Pourtant, il n’est pas rare de voir ces praticiens militer pour la reconnaissance de telle pathologie ou tel traitement en passant par des collectifs, fondations ou associations dont l’une des principales missions consiste à interpeller les élus politiques afin d’obtenir plus de poids dans le but de légiférer sur ces problématiques malgré l’insuffisance voire l’absence de preuves dans un domaine .

Ci-dessous, deux exemples représentatifs de tentatives de légiférer en passant outre les données scientifiques dont nous disposons à l’heure actuelle.

Dans le cadre de la PPL visant la reconnaissance du Lyme Chronique, il est intéressant de constater la présence de pas moins d’une quinzaine de députés membres du groupe autisme à l’Assemblée Nationale. En effet, les théories sur le Lyme chronique ont particulièrement essaimé le milieu de l’autisme.(12)

A noter également que plusieurs députés membres du groupe autisme auraient été approchés par des collectifs et associations opposées au numérique.(13)

Montrer du doigt « les lobbys » quand on pratique soi-même le lobbying, c’est plutôt cocasse.

A boire et à manger

On assiste ainsi régulièrement à l’apparition de nouveaux « syndromes » ou pathologies regroupant une liste de symptômes tellement variés que presque tout le monde pourrait s’y retrouver ou y retrouver ses proches et pour lesquelles on nous propose des thérapies malgré l’absence de validité scientifique . Un exemple avec le « syndrome de Kiss »: (14)

Dans un autre registre, on a aussi les neuromythes. A la base , des affirmations présentées comme issues des neurosciences qui n’ont pas été prouvées ou invalidées mais qui ont circulé à un instant T de manière tellement virale qu’elles sont encore considérées comme véridiques dans une partie de l’imaginaire collectif et sont régulièrement reprises dans certains discours. Là aussi, ça peut être problématique dans le sens ou certaines décisions politiques, notamment en matière d’éducation ou d’apprentissages peuvent être prises sur la base de ces allégations.(15)

Le milieu de l’éducation n’échappe pas à ces dérives et on peut voir pléthore de coachs ou influenceurs en parentalité proposer lectures, conférences et formations sur le sujet. La plupart prétendent se baser sur les neurosciences mais en creusant un peu il n’est pas rare que les prétentions soient loin de correspondre aux qualifications réelles de ces personnes et leurs discours sont souvent construits de sorte à plaire aux personnes désireuses de rompre avec un système qu’elles trouvent inadapté voire maltraitant. C’est là-dessus que certains praticiens ou experts auto proclamés peuvent venir greffer leur propre vision de l’éducation, véhiculant des discours anti institutionnels, voire à l’opposé des données scientifiques dont nous disposons sur certains sujets, que ce soit en matière d’éducation ou de santé.(16) (NEURO)

On voit aussi fleurir des sites proposant la mise en relation entre professionnels de santé et patients ou des organismes supposés « certifiants » mais dans lesquels on trouve à boire et à manger et dont la présentation donne aux usagers l’impression qu’on va leur fournir un contenu de qualité.(8) (17)

Plus insidieux aussi, lorsqu’un sujet de santé ou une thérapie fait beaucoup parler, un certain nombre de praticiens s’engouffrent dans le secteur afin d’en tirer profit. Dans le cadre des formations auprès du public ou des professionnels, on peut trouver aussi bien des personnes qui maitrisent le sujet que des personnes n’y connaissant strictement rien et dont le but n’est pas tant d’informer de manière fiable que de se faire connaître afin d’agrandir leur patientèle dans leur domaine d’activité qui n’a bien souvent peu de rapport voire pas du tout avec le sujet traité.

On peut tomber aussi sur des professionnels mettant en avant certains diplômes ou thérapies prisées mais en creusant un peu, il se peut que ces personnes proposent à côté d’autres thérapies alternatives ou non recommandées ,voire à risque de dérives sectaires.
En farfouillant des sites de psychologues proposant de l’ABA par exemple, on peut trouver de la Gestalt-Thérapie,une thérapie pourtant épinglée par la Miviludes, un organisme d’Etat dont la mission est de répertorier les dérives sectaires.

Il n’est pas rare non plus que certains pros revendiquent être supervisés par des personnes reconnues dans le milieu alors qu’il n’en est rien. Le meilleur moyen de s’assurer de la véracité de cette supervision est encore de se renseigner directement auprès de la personne citée. Il ne faut pas avoir peur de déranger certains praticiens, en tant qu’usagers, nous avons le droit de nous assurer de la validité d’un diplôme ou de certaines affirmations de la part de professionnels et si ces personnes sont dans une démarche saine, elles n’ont aucune raison de nous en tenir rigueur.

Une certaine vision invalidante des troubles du spectre de l’autisme peut favoriser l’impression négative que l’on peut en avoir par des discours utilisant régulièrement des termes tels que « fléau » , « épidémie », « problème de santé publique » voire « urgence d’investir dans la recherche » en y orientant une partie des budgets alloués au détriment des besoins concrets des personnes autistes et leurs familles, ainsi que des aides et aménagements pouvant permettre une meilleure inclusion sociétale.

A l’inverse, on peut aussi trouver des discours enjoliveurs, mettant en avant les supposées capacités hors normes de ces personnes envers lesquelles certains praticiens peuvent induire le sentiment d’être « exceptionnelles » ou évoquant une simple « différence » ou « richesse » qu’il conviendrait d’exploiter et de mettre en avant et qui peuvent là aussi induire des effets pernicieux comme l’étiquetage d’un Haut Potentiel Intellectuel en dépit des difficultés de la personne, la multiplication de coachs d’accompagnement pour adultes autistes ou des discours laissant supposer un manque de volonté ou d’effort chez les adultes qui n’arriveraient pas à s’adapter , trouver un emploi, un logement ou les conserver et pouvant conduire dans certaines situations à l’isolement, un repli communautaire, l’arrêt d’un suivi pour peu qu’il y en ait déjà pour ces personnes, un surinvestissement associatif, militant ou professionnel qui peuvent aboutir à un mal-être, une recrudescence de troubles associés ou un burn-out.(HPI)

Il faut garder à l’esprit également que la plupart des individus promouvant ou véhiculant des pseudosciences le font en toute bonne foi ou par idéologie. Mais il est vrai aussi que des personnes mal intentionnées peuvent profiter de ces situations pour proposer leurs services à un public ciblé en demande de solutions.
Les thérapies associées à la promesse très en vogue du bien-être foisonnent et sont également très présentes dans le milieu de l’autisme.(ZEN)

On trouve également un panel florissant de méthodes « innovantes, accompagnées d’un Copyright, non reconnues par les instances de santé dont certaines importées d’autres pays, ce qui complique la tâche de la personne qui souhaiterait se renseigner sur leur validité . On peut là aussi exiger de l’individu promouvant ces méthodes de nous fournir les preuves d’efficacité supposées.
Il se peut que la personne nous renvoie vers une ou quelques études qui n’ont peu de lien avec les prétentions affichées ou auxquelles on fait dire ce qu’elles ne disent pas vraiment, comptant sur le fait que la plupart des gens ne disposent pas du bagage nécessaire pour éplucher et interpréter convenablement les dites études.
Elles peuvent aussi nous agiter des « témoignages » de patients conquis, d’autres peuvent même faire preuve d’une certaine agressivité ou inverser les rôles, se posant en victimes de notre méfiance « injustifiée » en invoquant l’argument selon lequel elles ne souhaitent que « nous apporter leur aide », comptant sur notre culpabilisation ou leurs soutiens pour les défendre et certaines peuvent même tromper volontairement les usagers en prétendant que leur méthode serait « en cours d’évaluation ».(18)

Concernant les thérapies et médecines non conventionnelles, une partie d’entre elles sont répertoriées sur le site du ministère de la santé et font l’objet d’une réactualisation régulière en fonction des études disponibles.
Le but n’est pas d’interdire aux usagers d’y recourir mais de les prévenir sur les risques liés à des pratiques qui n’ont pas ou insuffisamment fourni les preuves de leur efficacité et dont certaines peuvent conduire à une emprise mentale ou sectaire ,voire mener à un arrêt des traitements conventionnels dans le cadre d’une pathologie et pouvant induire une perte de chance.(19)

Nous aimerions pouvoir compter sur les instances rattachées à l’autisme, à fortiori sur celles censées nous délivrer les informations éclairées auxquelles nous sommes en droit d’attendre mais même de ce côté, nous ne sommes pas particulièrement aidés. Il suffit de se remémorer le tollé suscité courant janvier par la mise en ligne d’une base de documentation contenant un nombre impressionnant d’ouvrages problématiques dont quelques centaines faisant la promotion de la psychanalyse, des biomeds, de la chelation et autres méthodes ou thérapies non recommandées.

L’argument servi dans un article du média Handicap.fr selon lequel ces ouvrages feraient « partie de l’histoire de l’autisme » et qu’on ne va pas « les bruler » est au mieux inaudible au regard de la prolifération des dérives au sein des TND, au pire, une forme de mépris à l’endroit des usagers en leur donnant à penser que toutes les théories se vaudraient.(20) (21)

Notons aussi que les associations autisme qui ont dénoncé cette incongruence se sont focalisées uniquement sur les ouvrages faisant la promotion de la psychanalyse.
Elles seraient pourtant bien inspirées de prendre leur part de responsabilité et communiquer plus régulièrement sur l’ensemble des dérives thérapeutiques auxquelles peuvent être confrontés les usagers dans le milieu de l’autisme.
On ne peut brandir à tout bout de champ les recommandations de bonnes pratiques en exigeant leur « respect » concernant la psychanalyse et s’abstenir sur le reste des interventions non recommandées. A force, ça finit par se voir.

S’armer intellectuellement

Il n’est pas évident de différencier ce qui relève ou non des pseudosciences et peu de personnes font la démarche de signaler les pseudo praticiens qu’elles pourront rencontrer sur leur chemin aux autorités compétentes. C’est en partie sur ce point que comptent les charlatans pour prospérer en toute impunité.
Le marché parallèle des thérapies alternatives a explosé au point qu’on trouve même des hôpitaux et des mutuelles en faisant la promotion. Les rapports rendus par les agences de santé ou spécialisées dans les dérives sectaires n’effleurent qu’une partie de l’iceberg. La majorité des victimes de pseudo thérapies ne portent pas plainte pour diverses raisons.

Procédures longues et coûteuses, mise au ban de la communauté, harcèlement, menaces de procès en diffamation, peur d’avoir affaire aux services sociaux quand des mineurs sont concernés, incitations à persévérer malgré l’absence d’effets voire la présence d’effets indésirables, tentatives d’inversion des responsabilités en culpabilisant l’usager, soit d’avoir eu recours à telle pratique en y ayant accordé un crédit supérieur aux prétentions, de ne pas avoir bien suivi les étapes, ne pas s’être suffisamment impliqué dans la démarche de soins ou le « protocole » mais aussi parce que dans le cadre d’abandons de traitements conventionnels pour des pathologies mettant en jeu la survie du patient, la victime n’est plus de ce monde pour pouvoir en témoigner. Pratique.
Et surtout, c’est compliqué de reconnaître que nous avons pu être trompés. Et pourtant, nous ne devrions pas avoir honte, ni d’avoir cru à des discours nous ayant induit en erreur, ni d’avoir été abusés par des praticiens à qui nous avons accordé notre confiance.
On peut aussi hésiter à mettre fin à une thérapie, aussi problématique soit-elle parce qu’on s’y est investi. (biais des coûts irrécupérables) (22)

Nous pouvons ne pas savoir non plus à quel organisme s’adresser selon la situation : ARS, DGCCRF, CNOM, MIVILUDES, ANSM, procureur de la République ?
Dans ces cas, on peut tenter en premier lieu de contacter l’organisme qui nous semble le plus à même d’être concerné par la problématique en demandant à être orienté le cas échéant vers l’instance la plus indiquée pour intervenir sur la situation.

Errance diagnostique et médicale, indisponibilité des professionnels du service public et délais trop longs entre recherche de réponses et prises en charges adaptées, sentiment de disposer d’une oreille attentive à contrario des professionnels du service public qui n’ont pour certains plus le temps d’écouter leurs patients sont des terreaux fertiles aux questionnements et au besoin de trouver des réponses et des solutions le plus rapidement possible. Dans ces moments là, on a plus de risques de se retrouver confrontés à diverses suggestions alternatives présentées comme novatrices ou efficaces, que ce soit dans notre entourage ou via les réseaux sociaux.
Le biais pro endogroupe peut favoriser notre adhésion à certaines croyances ou pratiques. Nous avons tendance à faire confiance et accorder plus de crédit aux personnes issues de groupes d’appartenances communes.

Lorsque l’on n’est pas certain de la validité d’une thérapie, on peut se référer en premier lieu aux organismes gouvernementaux rattachés aux tutelles de santé.
On peut aussi s’exercer à une certaine forme de vigilance concernant les invitations qu’on peut recevoir sur les réseaux sociaux en explorant le profil et les publications de la personne ou la page associée quand celle-ci concerne une offre de soins ou de services, d’autant plus que nous avons tendance à être moins méfiants envers des individus qui partagent avec nous des sujets ou contacts en commun.
On peut également consulter des contenus proposant de la vulgarisation scientifique pour apprendre à exercer une certaine forme d’esprit critique et mieux repérer les multiples biais susceptibles de nous faire adhérer à des discours revendiquant une certaine scientificité mais qui peuvent être trompeurs.

Notre système de santé est loin d’être parfait, c’est un fait qu’il ne faut pas occulter mais pour autant, cela ne doit pas justifier d’abandonner le navire de la connaissance sans se battre auprès des institutions de santé publique pour disposer d’une meilleure offre de soins basés sur des thérapies et traitements ayant fait preuve de leur efficacité.

Ne laissons pas la science être instrumentalisée à des fins mercantiles et/ou idéologiques.

Ne laissons pas la porte grande ouverte au charlatanisme.

Pour aller plus loin :

Un historique autour des pseudo traitements de l’autisme par Amélie Tsaag Valren : https://fr.wikipedia.org/wiki/Guérison_de_l’autisme
Résumé des recommandations de bonnes pratiques en autisme éditées par la Haute Autorité de Santé concernant les interventions recommandées et celles qui ne le sont pas en raison de la faiblesse ou l’absence de preuves d’efficacité : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2012-03/questions_reponses_vdef.pdf
Un bréviaire en cours d’enrichissement disponible sur le site du collectif Fakemed, une association regroupant des professionnels et usagers qui militent contre les pseudosciences : https://www.fakemed.org/fakedex/

Liste d’organismes de santé où l’ont peut s’informer et/ou effectuer un signalement :

Quelques capsules courtes pour apprendre à exercer notre esprit critique :

Quelques liens pour aller plus loin sur le sujet du numérique:

Quelques liens à propos des dérives biomédicales :

Quelques contenus de vulgarisation en psychologie :

Quelques contenus traitant de dérives médicales ou d’emprise mentale :

Références :

1. Baligand, P. Le nombre d’élèves handicapés scolarisés a-t-il réellement augmenté ?
2. Ramus, F. (2017, mai 14). Peut-on parler d’une épidémie d’autisme ?
3. Antivax – Les marchands de doute | ARTE
4. Fiolet, T. (2019, décembre 3). Quels sont les dangers des compléments alimentaires et risques pour la santé ?
5. Vinçot, J. (2021b, novembre 25). Le régime alimentaire est impliqué dans le lien entre l’autisme et le microbiome. Le Club de Mediapart.
6. Vinçot, J. (2021a, novembre 25). Autisme : En premier, le régime alimentaire ou le microbiote intestinal ? Le Club de Mediapart.
7. Risque Alpha. Chloroquine et EBM : 7 petites histoires.
8. M.Repiquet(2021, novembre 23). Medoucine : Le charlatanisme en douceur. La Menace Théoriste.
9. Comment contrer un argument fallacieux ? Épisode 1 – le Whataboutisme
10. Résistance aux antibiotiques. (2020). Organisation mondiale de la Santé.
11. Garré, C. (2021, septembre 7). Troubles du spectre autistique : Arrêt des essais de phase 3 évaluant le diurétique bumétanide faute d’efficacité.
12. AFIS.Maladie de Lyme.La loi peut-elle dire la science à l’encontre du consensus scientifique et au mépris de l’intérêt des patients?
13. Collectif Stop Autisme Virtuel. L’information grand public sur la surexposition aux écrans ne doit pas être inspirée par le COSE!
14. To be or not Toubib (2020, octobre 11) Le Syndrome de KISS
15. M. Gautier-Martins. Neuromythe #4 : l’effet Mozart
16. 20 Minutes. Ecoles hors contrat : Manuels obsolètes, numérique inexistant… Une enquête pointe des dérives dans certains établissements
17. France Info. Ecoles : un business en or
18. Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Attention aux risques des pratiques de soins « non conventionnelles »
19. Ministère des Solidarités et de la Santé. Les pratiques de soins non conventionnelles
20. Handicap.fr. DOCautisme : la plateforme pour tout savoir sur l’autisme?
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Approche processuelle : une vision transdiagnostique

227, c’est le nombre théorique de façons d’obtenir le diagnostic de dépression majeure sur base des critères de DSM-5 (Zimmerman et al. 2015). Par ailleurs, Fried et Nesse (2015) soulignent une hétérogénéité particulièrement importante dans ces combinaisons. Ainsi, sur 3703 personnes ayant reçu le diagnostic de dépression majeure sur base du DSM 5, il ressort 1030 profils symptomatiques parmi lesquels le profil le plus courant n’est observé que chez 2% des personnes. Enfin, les auteurs retrouvaient 14% de profil unique c’est-à-dire n’étant partagé par aucune autre des personnes dans l’échantillon.

Cette critique est l’une des nombreuses (voir Dudley, Kuyken, & Padesky (2010)) que l’on peut retrouver d’un des ouvrages qui fait référence dans le domaine médical. Tant le DSM 5 que la CIM-10 sont utilisés et aident à la compréhension ainsi qu’à la définition des troubles mentaux. Ceux-ci sont des outils de nosographie des états psychopathologiques c’est-à-dire qu’ils ont un rôle de description et de classification méthodique des maladies. Traditionnellement leur utilisation est axée, par exemple sur l’établissement de diagnostics, de diagnostics différentiels ou encore sur la reconnaissance d’un état d’une comorbidité. Si leur utilisation domine dans la pratique il convient de maintenir un regard critique de ces systèmes nosographiques et d’envisager d’autres approches.

L’arrivée de systèmes nosographiques internationaux a permis d’opérer des changements majeurs dans le domaine de la santé mentale. En effet, une meilleure définition et validation des troubles mentaux a favorisé l’apparition de modèles explicatifs mettant en évidence des facteurs étiologiques spécifiques permettant de distinguer une population clinique donnée d’une autre, ainsi que de la population générale. Sur base du modèle théorique bio-psycho-social et s’appuyant sur le modèle médical comme référence ; c’est-à-dire proposer une thérapeutique ayant atteint un niveau de preuve suffisant d’après des études contrôlées randomisées (Barlow, 2004) nous avons pu voir apparaitre des protocoles de traitement pour de nombreux troubles mentaux du DSM (interventions bien différenciées pour chaque trouble). Ainsi, cette évolution a permis de voir l’apparition des psychothérapies validées empiriquement. Toutefois, si la formule « un trouble = un traitement réputé efficace » apparait très pragmatique et opérante, elle ne donne pas de modèle explicatif du trouble, ni de modèle concernant l’efficacité des interventions. Ainsi, les ingrédients actifs du succès thérapeutique ne sont pas clairement établis (Salkovskis, 2002). En effet, la seule preuve de l’efficacité des modèles d’intervention clinique dans des essais cliniques contrôlés et sur le terrain ne devrait pas suffire. Ces théories sont supposées apporter un éclairage sur l’étiopathogénie[1] des comportements problématiques, pour permettre des interventions cliniques théoriquement fondées et ciblant les processus psychologiques impliqués. De cette façon, elles spécifieraient en quoi et comment elles modifient ces processus et apportent une amélioration symptomatique. En résumé, depuis sa création, la nosologie psychiatrique a toujours été critiquée (Kendler, 2018). Bien que les catégories diagnostiques aient démontré une relative fiabilité (Reed et al. 2018), leur utilité clinique est restée discutable (First et al. 2018) puisqu’elles ne renseignent pas sur les processus psychologiques impliqués dans les troubles (Fairburn, 2008). Par ailleurs, ce cadre favorise l’adoption d’un protocole de traitement unique pour toutes les personnes qui partagent le même trouble ce qui pose particulièrement question dans le cas, majoritaire, des comorbidités ou encore de troubles « Not Otherwise Specified » (NOS), catégories résiduelles dans lesquelles le psychologue clinicien peut se réfugier s’il ne trouve pas de catégorie plus adaptée. Certaines études montrant, par exemple, que cette catégorie NOS incluait la plupart des troubles de conduite alimentaire (Machado et al. 2007). Enfin, son caractère essentialisant des troubles laisse interrogatif quand des données psychométriques et taxométriques laissent davantage supposer la notion de dimensions plutôt que de catégories discrètes (Haslam, N., Holland, E., Kuppens, 2012).

Au cours des dernières décennies, les recherches se sont accumulées, appuyant la piste « transdiagnostique » c’est-à-dire que de nombreux diagnostics psychiatriques partagent des vulnérabilités sous-jacentes fondamentales. Ceci a conduit au développement d’interventions dites « transdiagnostiques » visant le traitement des vulnérabilités sous-jacentes plutôt que d’un trouble. Ces interventions ont pris racine d’abord dans les théories cognitivo-comportementales ainsi que les traitements des troubles de l’alimentation puis ont par la suite été étendues à l’anxiété et aux troubles dépressifs. La justification initiale reposait d’abord sur le fait que ces troubles partagent des processus étiologiques et de maintien commun ainsi que des caractéristiques cognitives-affectives, interpersonnelles et comportementales. De plus, comme décrit en introduction, les interventions spécifiques aux troubles reposent sur des catégories diagnostiques hétérogènes et accordent une attention relativement limitée à la comorbidité, qui est élevée. Visant à limiter les écueils de l’approche catégorielle, l’approche processuelle transdiagnostique tend à une amélioration de la classification, formulation, traitement et prévention des troubles mentaux.

Cliniquement cette approche se traduit d’abord par la méthode clinique de « conceptualisations/formulations de cas » c’est-à-dire la concrétisation de problèmes/phénomènes psychologiques. Pour résumer, celle-ci consiste en une modélisation psychologique visant à expliquer et à prédire les facteurs proximaux (les processus psychologiques) et distaux (facteurs biologiques, sociaux et circonstanciels) ayant un rôle dans l’apparition et le maintien des difficultés psychologiques. Elle se compose en deux temps une modélisation « holistique » représentant les aspects synchronique/topographique[2] et diachronique[3] donnant une vue générale. Cette modélisation correspond en une schématisation graphique des vecteurs d’une analyse fonctionnelle, la FACCM (fonctional-analytic clinical case models) proposée par Haynes et Williams (2003) et adaptée par Virues-Ortega et Haynes (2005). Elle s’appuie sur trois principes : la formulation est basée sur la théorie, elle est hypothétique et peut donc être modifiée par l’information obtenue en cours de traitement et enfin elle doit être la plus parcimonieuse possible c’est-à-dire n’utiliser que le minimum de causes élémentaires pour expliquer un phénomène. Puis, une modélisation « processuelle » centrée sur les aspects synchroniques de la ou des difficultés psychologiques rencontrées c’est-à-dire les processus. Cette méthode clinique peut être comparée à l’analyse fonctionnelles telle que les grilles SORC, SECCA qui constituent d’autres méthodes de conceptualisation de cas. Ici l’accent est mis sur les processus psychologie. De cette façon, il est possible de définir des objectifs visant le changement sur des caractéristiques psychologiques (motivationnelles, émotionnelles, cognitives, comportementales, métacognitives) en précisant leurs niveaux de spécificité (inter personnel, intra personnel) ou encore visant des aspects liés aux contingences circonstancielles (logement, aides sociales, …). De façon collaborative, ce socle de compréhension des difficultés psychologiques, permet d’élaborer des interventions psychologiques adaptées visant les variables explicatives et/ou médiatrices et/ou modératrices ayant un rôle dans les « comportements problématiques » dans le contexte de vie, actuel et passé (Virues-Ortega, R., Haynes, 2005). En fonction de la conceptualisation de cas, le traitement est individualisé. Il est composé d’un certain nombre de « modules », chaque module prenant en charge un processus spécifique du problème présenté par le patient.

En reprenant la problématique du trouble dépressif majeur, nous pouvons observer que la gravité de celui-ci est systématiquement estimée en additionnant de nombreux symptômes disparates afin de créer un score total permettant de classer les individus comme déprimés ou non déprimés (Eiko, I.F., Randolph, M.N. 2015). Les symptômes dépressifs tels que la tristesse, l’insomnie, les problèmes de concentration, les idées suicidaires sont des phénomènes distincts qui diffèrent les uns des autres dans des dimensions importantes telles que la biologie sous-jacente ou les facteurs de risque par exemple. Ainsi, si la passation de l’inventaire de dépression de Beck apparait comme un moyen d’évaluer la situation clinique il est essentiel de ne pas considérer les symptômes de la dépression comme des indicateurs interchangeables. Cette prise en compte apparait comme au cœur de l’approche processuelle : identifier les processus cibles. 

Afin de déterminer ceux-ci, le clinicien devra tenir compte de quatre facteurs (Philippot et al. 2015). Premièrement s’appuyer sur la littérature existante c’est-à-dire sur les modèles spécifiant les processus sous-tendant les troubles psychologiques ou les problèmes psychologiques. Deuxièmement s’assurer de la praticabilité clinique, c’est-à-dire que le processus puisse être opérationnalisable et accessible en termes de ressources (logistique, humaine, temporelle, financière…). Troisièmement, tenir compte de l’expertise du clinicien. En effet, les connaissances relatives aux processus étiopathologiques sont très conséquentes et évoluent rapidement. Ainsi, il n’apparait pas réaliste de prétendre maitriser l’ensemble des méthodes d’évaluation et d’intervention correspondant à chaque processus mis en évidence dans la littérature. De cette façon, il apparait inévitable que le clinicien s’oriente davantage dans des méthodes encadrant les processus pour lesquels il a un savoir-faire et ce dans la limite de ce qui s’avère pertinent au regard du problème psychologique décrit par le patient. Et quatrièmement, la prise en compte des préférences du patient. C’est-à-dire l’ensemble des attributs pertinents – au regard de la conceptualisation de cas – du patient qui comprennent notamment les variations d’état, les besoins, l’historique de la réponse au traitement, les valeurs… En ce sens cette méthode rejoint les principes de  l’ « Evidence-Based Practice » qui souligne l’importance de la prise de décision partagée dans le processus des soins de santé notamment car elle favorise l’amélioration des résultats pour la santé (motivation, compliance…).

Il s’agit d’un traitement qui pourrait être qualifié de « sur mesure » s’appuyant sur une « pratique basée sur les preuves » défini par Spring (2007) comme étant au carrefour des préférences du patient, de l’expertise clinique du praticien et des meilleures données scientifiques sur le fait qu’un traitement fonctionne et pourquoi il fonctionne. Cette approche « modulaire » est soutenue par des preuves empiriques de son efficacité telle de l’étude de Chorpita et al. (2013) qui, auprès de 174 jeunes pour des cas diagnostiques d’anxiété, de dépression et de troubles du comportement, distinguait trois conditions de traitement (habituel, standard : manualized evidence-based treatment et modulaire : Modular approach to Treatment of Children with Anxiety, Depression of Conduct problems; MATCH)).  L’approche modulaire comprenant des modules telles que la psycho-éducation, la planification d’activités, l’exposition expérientielle ou encore l’économie de jetons… était celle qui obtenait le plus de changements après un et deux ans.

Ici, l’ensemble des facteurs explicatifs sont envisagés en termes de processus psychologiques ceux-ci étant soutenus par le modèle de Kindermann et Tai (2007) complété par Nef, Philippot et Verhofstadt (2012).

approche processuelle

Ce modèle inscrit la santé mentale dans une perspective différente de celle du modèle bio-psycho-social qui attribue aux variables psychologiques un faible pouvoir explicatif et bien souvent la primauté des déterminants biologiques ou au mieux une part d’influence équivalente entre les déterminants biologiques, psychologiques et sociaux. A contrario, si le modèle de Kinderman reconnait la part explicative des facteurs biologiques, sociaux et circonstanciels ainsi que du rôle contributif de ceux-ci dans les problèmes psychologiques, il leur donne un statut de « causes distales » agissant sur des processus psychologiques comme « causes proximales ». De cette façon, ce modèle envisage les problèmes psychologiques comme étant médiés par des processus psychologiques, eux-mêmes influencés par des facteurs biologiques, des facteurs sociaux et des circonstances de vie. Le modèle de Kinderman suppose ainsi le postulat de primauté des processus psychologiques comme déterminant des troubles mentaux ainsi que le postulat de transdiagnosticité de ceux-ci ; c’est-à-dire qu’un même processus peut être actif dans différents diagnostics. Selon Kinderman (Kinderman, 2014, 2015), ce modèle permet de prendre en compte l’individualité de la personne en souffrance, particularisme servant de base à la planification d’interventions et à la communication avec les patients mais aussi avec les autres professionnels de santé.

Au centre de ce modèle de psychopathologie générale se place la notion de « processus » qu’il est important de définir. Comme le souligne Philippot (2016) dans un chapitre visant à apporter un éclairage et une définition « utile », ce terme se trouve « très pauvrement défini ». Cette notion de processus suppose l’entrée « input » d’un élément psychologique (exemple : image mentale) ou parent (exemple : réponses physiologiques) puis de la transformation de cet élément en un « output » une production. Reprenant l’exemple de Philippot (2016), les pensées répétitives auraient comme « input » des représentations activées tels que des souvenirs autobiographiques ou encore des stimuli perçus dans l’environnement qui activeraient d’autres pensées. Ce processus de diffusion de l’activation au sein des structures de mémoire, dans le cas où elles correspondraient à des éléments d’un schéma d’anxiété de performance par exemple, favoriserait l’activation du schéma d’anxiété alimentant en retour ces mêmes pensées centrées sur l’anxiété de performance. Ainsi, en maintenant actives certaines représentations, ce processus engendre un output : une humeur dépressive par exemple. Par ailleurs, par définition le « processus » est malléable c’est-à-dire que l’on peut en manipuler sa nature et/ou son intensité. Par exemple, dans le cas des ruminations il est possible de passer d’un mode « abstrait » à un mode « concret » (Watkins, 2008) ou encore en diminuer l’intensité en engageant les ressources attentionnelles dans une autre tâche (Mor, N., Daches, 2015). Enfin, celui-ci – ou son effet – doit être observable ici et maintenant. Comme le précise Philippot (2016) « cette définition des processus psychologiques est intimement liée à la conceptualisation de cas […]. Elle vise à fournir au clinicien un cadre conceptuel qui lui permet de modéliser un cas et de construire une analyse fonctionnelle qui intègre différents types de processus et pas seulement ceux issus des théories de l’apprentissage. ». Pour une définition plus complète et précise voir « Démêler l’écheveau des processus psychologiques en psychopathologie » (Philippot, 2016) ainsi que « L’approche processuelle en évaluation et intervention cliniques : une approche psychologique intégrée » (Nef, F., Philippot, P., Verhofstadt, 2012) pour une proposition de catégories de processus psychologiques.

La dernière partie de la définition du processus sous-tend un aspect fondamental de la pratique en psychothérapie : l’évaluation. Tout d’abord c’est une question hautement déontologique. En France, le Code de déontologie des psychologues place l’évaluation dans l’article 3 (révision 2012) comme faisant à part entière corps avec ce qui définit la profession de psychologue.  En Belgique, le Code de déontologie du psychologue – ayant une valeur juridique – (AR 16 mai 2014) énonce dans l’Article 31 que « le psychologue se doit d’évaluer ses activités par des méthodes appropriées. Il prendra les mesures nécessaires qui lui permettent de reconnaître à temps les conséquences éventuellement dommageables et prévisibles de son travail. ». L’évaluation apparait comme centrale dans l’intervention permettant de vérifier les hypothèses de travail et d’accompagner la conceptualisation. Ce qui facilite le choix des interventions ainsi que la connaissance de l’évolution du patient et de ses difficultés. En effet, sans devenir un extrémiste de la psychométrie et en considérant l’ensemble des biais existants, il apparait cependant essentiel de quantifier, autant que cela est possible et ce tant de manière subjective qu’objective, les processus à l’œuvre ou supposés. Ne pas le faire suppose de travailler « à l’aveugle » et d’obtenir peu ou pas de changements psychothérapeutiques ou de ne pas savoir lesquels nous obtenons et pourquoi. Par ailleurs, cela empêche d’objectiver un changement étant facilement remis en cause par le patient sous estimant, par exemple, ses progrès. Cela cultive une possible impuissance chez le psychothérapeute, augmente le risque d’investir des hypothèses de travail n’étant pas pertinentes… Cette rigueur n’impose pas de tomber dans la caricature du « tout questionnaire ». Si ceux-ci sont souvent des outils de très bonne qualité il semble indispensable de multiplier la diversité de moyens d’évaluation et de faire preuve de créativité dans l’opérationnalisation des mesures de ces processus (journal de bord tel que l’agenda de sommeil, référencement de mesures de durée, de fréquences, …).  Notre jugement clinique étant beaucoup plus biaisé que nous l’estimons (Lilienfeld et al. 2014) nous nous devons donc de maintenir ce garde-fou qu’est l’évaluation continue de l’intervention tant au niveau symptomatique qu’au niveau des processus ciblés.

Cette approche impose donc au psychologue clinicien d’entretenir un lien important avec la littérature sans tomber dans l’éclectisme psychothérapeutique qui consisterait en une sélection d’interventions basée sur leur réputation d’efficacité, sans prendre en compte les facteurs déclenchant ou de maintien, les éléments modérateur ou médiateur. Sans tomber également dans une approche d’intégration théorique visant l’unification de différents paradigmes issus d’approches psychothérapeutiques fondées sur des écoles en un « supra-paradigme » intégrateur (Billieux et al. 2012). Mais de s’inscrire dans ce qu’est la psychothérapie empiriquement fondée ; c’est-à-dire s’appuyer sur l’ensemble des connaissances en psychologie (modèles et théories validés) permettant la conceptualisation de cas et desquels découleront des interventions psychothérapeutiques. Comme l’explique Salkovskis (2002) celles-ci peuvent être guidées par 1) les théories psychologiques, 2) les recherches portant sur l’efficacité des thérapies et 3) les connaissances issues de l’expérimentation en psychologie ou dans des sciences apparentées. Il promeut un modèle multidimensionnel de la science clinique, rejoignant le modèle du « praticien chercheur ». Ainsi, c’est l’ensemble des champs de la psychologie scientifique qui permettra d’apporter un éclairage dans l’analyse des problèmes psychologiques suscitant de la détresse. De cette façon, il sera possible d’identifier la ou les causes proximales et/ou distales ayant prédisposé, précipité et/ou maintenant le(s) problème(s) psychologique(s). En résumé cette approche nécessite la maitrise de plusieurs théories, modèles et données empiriques dans le champ de la psychologie et donc ne se limite pas à celui de la psychologie clinique. Conséquemment, elle requiert un ensemble de savoirs et de connaissances ainsi que de savoir-faire mais aussi de savoir-être en portant une attention aux facteurs communs tels que la qualité de la relation thérapeutique qui est un prédicteur important du succès de l’intervention.  

La démarche de cet article est de venir mettre en avant, brièvement et de manière synthétique, l’approche processuelle en questionnant l’approche catégorielle et l’adoption de « recettes psychothérapeutiques » qui se rapproche plus d’un « prêt à porter » que d’une conception plurielle, intégrative et individualisée de l’évaluation ainsi que de l’intervention psychologique. J’invite donc le lecteur ou la lectrice ayant rencontré un intérêt ou un désintérêt pour cette approche « théorico-clinique » de poursuivre la lecture des articles et livres à ce sujet présents ou non en bibliographie. En effet, la position inhabituelle de celle-ci – c’est-à-dire n’ayant pas d’affiliation spécifique à une école thérapeutique clairement étiquetée, ne correspondant pas au cadre institutionnel (i.e. services addictions) ainsi qu’allant à rebours de la conception dominante du modèle bio-psycho-social – favorise l’idée d’une vision quasi utopiste qui par ailleurs pourrait sembler trop psychologisante. Toutefois, cette approche se veut transthéorique et soutient une unification de la psychothérapie basée sur des principes de changements empiriquement fondés (Rosen & Davison, 2003; Wampold et al. 2010). De cette façon, elle vise la sortie des pseudos guerres entre les différentes écoles thérapeutiques ainsi que d’éclaircir le paysage des interventions cliniques en mettant de côté les thérapies « commerciales » ou à la « mode ». De plus, il est important de considérer le modèle de Kinderman dans son ensemble et d’envisager tant les causes proximales que distales. Ainsi cette approche promeut avant tout la pluridisciplinarité et invite à intervenir d’abord sur des causes circonstancielles plutôt que sur les processus psychologiques si cela est pertinent. Il apparait absurde de traiter une insomnie par un contrôle du stimulus alors que le patient n’a pas de lieu pour dormir par exemple. Enfin, cette approche ne vise pas la disparition de l’approche diagnostique classique et des interventions protocolisées ; elle est transdiagnostique. Ainsi, les initiateurs de l’approche processuelle tels que Dudley et al., (2010) ou Mansell et al. (2009) recommandent d’avoir usage des « protocoles thérapeutiques validés » pour les patients souffrant de troubles bien délimités pour lesquels les protocoles standards sont réputés efficaces. L’approche processuelle permet de conceptualiser les problèmes psychologiques différemment et de façon utile pour le clinicien pouvant appuyer ces actions sur une base théorique solide tout en respectant les aspects singuliers de ses patients notamment dans des cas considérés comme plus complexes – c’est-à-dire de patients souffrant de troubles « flous », multiples, peu modélisés dans la littérature, et pour lesquels il n’existe pas véritablement de « protocoles thérapeutiques ».

Le sens de cette approche étant de permettre de se décaler de cette approche catégorielle, elle invite à percevoir les troubles psychologiques différemment. Comme le rappelle Martial Van der Linden dans sa critique de l’approche catégorielle (2016) « il parait donc nécessaire de revoir profondément la manière dont la souffrance et les difficultés psychologiques sont envisagées, en commençant par reconnaitre qu’elles se situent au sein d’un continuum incluant des expériences normales, certaines expériences devenant problématiques du fait de leur caractère extrême, de leur fréquence ou de leur persistance. ». De ce fait, cette approche pourrait être un pas de plus pour limiter des phénomènes tels que la psychophobie qui semblent parfois être des freins à l’accès aux soins. Si aujourd’hui encore trop peu diffusée, notamment en francophonie, cette approche apparait comme étant de plus en plus formalisée et est soutenue par de plus en plus de preuves empiriques ; elle poursuit le développement et l’amélioration d’outils standardisés de mesure des processus psychologiques, comme des questionnaires ou des épreuves mentales ; mais aussi propose de plus en plus d’interventions modulaires ce qui permet de renouveler la compréhension et la prise en charge en santé mentale.


[1]  C’est-à-dire permettre une compréhension des causes et des processus par lesquels ces causes agissent.

[2] C’est-à-dire comment un problème est déclenché et se maintient. Nous sommes ici centrés sur des aspect plus quantitatif (fréquence, intensité, durée, contexte spatio-temporelle, déroulement séquentiel etc.)

[3] C’est-à-dire l’histoire du problème et du patient. Nous sommes ici centrés sur des aspects plus qualitatif, l’analyse de discours.


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À voir aussi

La thérapie des schémas

schémas

La thérapie des schémas est une psychothérapie issue d’une approche clinique scientifique. Plus précisément, c’est une forme particulière de thérapie cognitivo-comportementale et émotionnelle (TCCE) axée sur les troubles de la personnalité (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Roy, 2005).

Comme la thérapie comportementale dialectique (TCD), la schema focused therapy a démontré son efficacité sur les troubles limites (Borderline Personality Disorder) à travers études et méta-analyses (Giesen-Bloo et al., 2006 ; Oud et al., 2018 ; Taylor & Haddock, 2017) en développant des protocoles adaptés.
Même si cette thérapie a été à l’origine développée pour traiter les troubles de la personnalité, son effet commence à être étudié pour accompagner d’autres troubles psychologiques (Kopf-Beck et al., 2020) comme les états dépressifs en population gériatrique  (Kindynis, Burlacu, Louville & Limosin, 2013).

Pour certaines situations comme les troubles alimentaires, la thérapie fait encore débat et soulève les controverses (Mcintosh et al. 2016 ; Pugh, 2015). En effet la plupart des études ont un nombre peu important de participants, ou peu d’études démontrent son efficacité.

La plupart des troubles psychologiques auxquels elle s’applique sont chroniques et enracinés dans l’individu, ils sont difficiles à traiter et on observe un important taux de rechute lorsqu’ils sont appréhendés par des TCC classiques (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Young, Weinberg & Beck, 2001).  La prise en charge des troubles de la personnalité est difficile et longue : un effort particulier est nécessaire au maintien de l’alliance thérapeutique et de l’engagement dans la thérapie.
Cette psychothérapie se base sur la théorie des schémas de Beck, complétée plus tard par Young pour devenir la thérapie des schémas (Rush & Beck, 1978 ; Young, Klosko & Weishaar, 2017). Les schémas sont des structures mentales cognitives qui guident l’interprétation et la résolution de problèmes en les faisant correspondre au système de croyances du sujet sur soi et sur le monde (Unger, 1994 ; Young, Klosko & Weishaar, 2017). Ce sont des éléments organisés dans la mémoire à long terme à partir d’expériences et de réactions passées qui filtrent et sélectionnent les informations qu’un individu a de son environnement afin d’expliquer ces expériences vécues (Gautier, Ngô & Goulet, 2019).

Les individus atteints de troubles de la personnalité possèdent des types de schémas particuliers appelés plus communément schémas précoces inadaptés (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Schmidt & Joiner, 2004). Le but de la thérapie des schémas est de repérer ces schémas afin de les modifier. Ce travail thérapeutique se fait avec le patient, le thérapeute est donc actif et sélectionne avec celui-ci les schémas précoces inadaptés qui lui posent problème (Young, Klosko & Weishaar, 2017). La thérapie peut-être longue car les schémas sont présents depuis de nombreuses années comme ils se développent pendant l’enfance ou l’adolescence et sont consolidés à l’âge adulte par des expériences négatives (Gautier, Ngô & Goulet, 2019). Les schémas précoces inadaptés amènent l’individu à réagir de manière rigide et stéréotypée (Gautier, Ngô & Goulet, 2019 ; Unger, 1994) lorsqu’il se retrouve dans certaines situations et sont constitués d’émotions, de sensations corporelles et de cognitions souvent intenses et envahissantes (Schmidt & Joiner, 2004). Ces schémas sont liés à un dysfonctionnement dans la vie sociale, professionnelle ou familiale de l’individu (Gautier, Ngô & Goulet, 2019).

La thérapie des schémas est à mettre en relation avec la théorie de l’attachement de Bowlby (Ainsworth & Bowlby, 1991 ; Young, Klosko & Weishaar, 2017). L’attachement peut être défini comme le besoin d’être en connexion avec autrui de façon stable et sécuritaire et de prendre soin d’autrui. Lors de l’enfance le rôle de la figure parentale est d’établir une concordance affective entre ses émotions intérieures et son environnement extérieur. Cela permet à l’enfant de développer une capacité réflexive de mentaliser ses émotions, de se sentir compris, considéré, et lui permet d’évoluer dans un cadre stable avec des expériences relationnelles positives (Gautier, Ngô & Goulet, 2019). Ces schémas deviennent inadaptés lorsque des relations affectives dans l’enfance deviennent nuisibles au développement psychologique. Cette construction peut provenir d’un manque de validation (Linehan, 1993), d’une harmonisation parentale inadéquate (Fonagy et al., 2010) ou d’une maltraitance pure et simple (Cohen et al., 2013). Les schémas précoces inadaptés peuvent ainsi devenir inflexibles, partiellement organisés, dépourvus de nuances et à valence négative (Caligor, 2010 ; Cohen, 2007 ; Fonagy et al., 2010).

Note : Cet article a été écrit à partir des sources utilisées. La science n’étant pas une matière figée cette thérapie et les théories qui la façonnent sont amenées à évoluer dans le temps. Néanmoins à ce jour elles parviennent le mieux à expliquer et à prendre en charge les troubles associés.

Liens pour aller plus loin :

Trouble de la personnalité – PsykoCouac #1 – YouTube

L’attachement et ses problèmes – PsykoCouac #8 – YouTube

Le transfert – PsyKonnerie? #5 – YouTube

Comprends ta personnalité avec la métaphore de l’arbre – Psykonnaissance #13 – YouTube

Comprends ta personnalité avec la métaphore de la classe – Psykonnaissance #26 – YouTube

Borderline (trouble de la personnalité) – PsykoCouac #1.1 – YouTube

Borderline questions avancées Partie 1 – PsykoCouac #1.3 – YouTube

Borderline questions avancées Partie 2 – PsykoCouac #1.4 – YouTube


Sources :

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Écrans et autisme :
l’alerte virale et sans fondement scientifique

Depuis plus d’un an, Anne-Lise Ducanda, médecin dans une PMI (protection maternelle infantile) de l’Essonne, répand partout où cela est possible une alerte devenue virale sur les troubles liés à la surexposition aux écrans chez le petit enfant et cela a pris des proportions démesurées. Elle fait le tour des plateaux TV, colloques et conférences en assénant ses « observations » sur ce qu’elle considère comme un « sujet majeur de santé publique », et ses Vérités qui n’en sont pas à l’heure actuelle puisque nous disposons déjà d’un panel d’études au sujet des possibles effets nocifs des écrans, en agitant les troubles du spectre de l’autisme comme un chiffon rouge…

L’enfant et les écrans – Avis de l’Académie des sciences

La HAS (Haute Autorité de Santé) rappelle d’ailleurs en page 96 de son argumentaire scientifique, paru le 19 février 2018 qu’aucune étude ne mentionne à ce jour un lien entre surexposition aux écrans et TSA (troubles du spectre de l’autisme). Elle précise même : « En revanche, une étude comparative en Thaïlande suggère que les enfants avec TSA commencent à regarder la télévision plus tôt et passent plus de temps devant la télévision que les enfants au développement ordinaire (525) (Tableau 55). »

TSA – Signes d’alerte, repérage, diagnostic et évaluation chez l’enfant et l’adolescent
– HAS / Service des bonnes pratiques professionnelles

Anne-Lise Ducanda nous parle d’autisme « virtuel », de tableau de signes cliniques similaires en tout point à l’autisme mais qui ne seraient pas de l’autisme, d’autistes « vrais », d’autisme « faux positifs », d’autisme « secondaire aux écrans » …

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l’alerte virale et sans fondement scientifique